Comment et pourquoi réécrire notre avenir.

« VIVANT » d’Aymeric Caron,

VIVANT

le vivant est au cœur de nos réflexions et de nos actions à la source dorée. Il est clair que permaculture et respect du vivant sont en parfaite symbiose.

Alors peut-être serait-il bon de se pencher sur ce qu’englobe ce terme généraliste : vivant.

C’est ce qu’Aymeric Caron propose tout au long de son livre au style lapidaire et efficace.

Laura maitresse de maison à La Source dorée est toute en sensibilité et respect du vivant. Elle adore s’occuper des animaux de la ferme notamment des ânes qui s’égaient dès qu’elle vient les visiter pour les brosser et les bichonner. En lisant ce livre Vivant elle a pu mettre des mots sur les émotions et les sentiments qui l’habitaient. Elle a choisi de partager avec nous cette découverte en proposant un résumé commenté de ce livre fort riche.

vivant

L EVOLUTION DE L’HOMME VERS UN NOUVEAU GENRE : « L’HOMO ETICUS »

Le sous-titre interpelle d’emblée : « de la Bactérie à l’Homo Ethicus ». Qui se souvient un tant soit peu de ses cours de biologie ou de science nat’ a beau chercher dans ses souvenirs. L’homo était associé selon les ères étudiées à Erectus à de Neandertal, ou encore à Sapiens. D’où vient donc cette construction sémantique ?. D’un oubli du corps enseignant ?.  D’un concept émergeant dans la communauté scientifique moderne ? Ou tout simplement de nos mémoires défaillantes ?

Rapidement notre amour propre est rassuré : dès le deuxième chapitre l’auteur nous fait part de son rêve d’avenir pour le genre humain.  Alors qu’il a commencé par brosser un portrait morbide et affreusement égocentrique qui ne laisse pas de marbre .

Son rêve donc, c’est l’évolution de l’Homme vers un nouveau genre : l’Homo Ethicus » : (Sapiens, ton incapacité à réaliser la promesse de ton titre a signé ta fin.

« Si notre genre doit survivre il ne peut s’agir que de l’homme moral, que je propose d’appeler l’homo ethicus ». Il place l’éthique au centre de sa réflexion et de ses actions, Homo ethicus aura à cœur d’être juste, réfléchi, bienveillant, altruiste, empathique. Il sera sensible à la souffrance de ses congénères et à celle des non-humains, sensible au respect des forêts, des lacs, des mers, de l’atmosphère »

REVENIR AU SENS DES MOTS :

De la bactérie jusqu’à l’Homo Ethicus Aymeric Caron propose différentes définitions de termes, de mots et de concepts que nous utilisons au quotidien sans vraiment maitriser leur sens profond. En effet, le risque est de les employer soit à mauvais escient soit dans le bon contexte mais sans la charge significative qui leur est due. Cela devient problématique lorsque la population s’en saisit et les diffuse largement en les vidant de leur sens.

CONSCIENCE : l’auteur propose de reconsidérer ce phénomène immatériel comme outil et conséquence de l’évolution : un outil dont sont doté de nombreuses familles du règne du Vivant.

CERVEAU : Là, il nous propose un cours anatomique mais pas que. Il s’appuie sur la théorie de Mac Lean : « On sait aujourd’hui que ces trois cerveaux ne sont pas interdépendants, qu’ils s’influencent les uns les autres, et qu’il n’y a pas un unique siège de la conscience et des émotions. Ce qui confirme que même les animaux les moins évolués ont un cerveau et un système nerveux central »

La DOULEUR : Il part du constat que la douleur est une sensation désagréable qui au vue des circonstances et/ou du sujet n’est jamais perçue de la même manière. L’auteur se focalise sur la réalité physique de ce phénomène. En partant des nocicepteurs le signal douloureux dépasse son stade de simple information pour vraiment être évalué comme douloureux grâce au cerveau. Le système nerveux central et le périphérique transmettent l’information au dit cerveau. La douleur est donc identifiée comme telle grâce à une forme de conscience.

Les mots se succèdent de manière logique. Nous touchons ainsi du doigt le cheminement de pensée d’un auteur qui mesure la charge significative, émotive voire activiste de notre langage.

ET LA CONSCIENCE DANS TOUT CA ?

Dans le règne du Vivant nous sommes amenés à nous demander qui possède « assez » de conscience pour effectivement être touché par un acte douloureux. Actuellement l’organisation du squelette interne autour d’un axe (colonne vertébrale) permet de catégoriser les sujets sensibles…sauf que les poissons sont toujours considérés comme différents : pourquoi ? (objet d’un autre chapitre).

Cet exemple et cette ouverture sur notre vision du monde vivant aquatique prouve bien que nous peinons à employer les mots dans leur intégralité sémantique sans les saboter du fait de nos considérations morales : «  non un poisson ça ne peut pas souffrir comme nous…c’est différent ! Pourquoi ? Ben euh…ce n’est pas pareil. »

Sans doute le changement de milieu de vie, la difficulté à établir un rapport visuel avec les habitant du grand bleu empêche la grande majorité de la population d’admettre que l’animal est une vie comme une autre comme celle de notre chat, comme la nôtre. La charge émotionnelle est présente chaque fois que l’on refuse d’attribuer un mot à une réalité.

REAPPRENDRE L’HISTOIRE DU VIVANT

La stratégie explicative de l’auteur ainsi posée voici dans les grandes lignes le séquençage de son ouvrage :

  • La première partie s’attarde sur l’émergence de la vie animale et autre (on réapprend la classification des genres et espèces)… Il propose des pistes pour comprendre les spécificités humaines. Nulle auréole autour de l’espèce humaine. Bien au contraire. Le but n’est pas là : l’auteur tient à garder à l’esprit de ses lecteurs que nous sommes animaux avant tout.
  • La deuxième partie est stylistiquement marquée par un changement de discours plus direct sous forme d’une pièce de théâtre en un acte. L’auteur devient plus incisif et précis quant à son discours clairement anti-spéciste. Mais là j’avoue : on adhère ou pas en fonction de ce que l’on est venu chercher dans ces pages d’après le titre.

Pour ma part : j’adhère car j’ai eu le plaisir et le soulagement de pouvoir lire -enfin- des pensées qui me tourmentent de manière lancinante mais que je retiens souvent de peur qu’elles ne soient pas considérées comme « éthiques ». Là elles sont formulées par un auteur, par une personne sensible qui a le courage de les écrire, de les proposer à la publication et de les assumer. En ce qui me concerne  c’est la voie  vers une prise de conscience active et fière… Et j’ose croire que je ne suis qu’un échantillon des lecteurs également touchés par cet effet.

LA NOTION DE RESPECT DE LA VIE ANIMALE HUMAINE ET NON HUMAINE

Ce sentiment altruiste qui devrait couler de source entre les habitants d’une même planète. Et pourtant : aujourd’hui l’homme est l’animal le moins respectueux de la Vie. Il détruit son environnement, il le sait mais il continue parce que ça coûte actuellement trop cher de changer radicalement les choses. Il extermine les animaux pour son loisir (chasse, pêche et quota …), son mieux être (expérimentation), son alimentation (élevage, abattage). Mais par-dessus tout il ne respecte même plus ce qu’il « prélève » (reprenons un terme tant apprécié par les chasseurs) à son environnement.

Aymeric Caron est un défenseur anti-spéciste affirmé, néanmoins,  il reconnaît que notre empreinte humaine sur le vivant est actuellement presque imparablement génératrice de destruction. Il propose donc de minimiser les dégâts en se rendant plus réfléchis, plus attentif à ses actes. Voilà sa philosophie de vie si belle à suivre , il suggère de « VIVRE ET LAISSER VIVRE ».

Laisser vivre l’animal que j’ai le choix de ne pas manger car je ne suis pas programmé pour ça. Le carnivore lui n’a pas d’autres choix. L’Homme si fier de sa conscience et de sa morale lui a le choix, alors pourquoi ne fait-il pas le choix de la vie ?. La vie de nombreux animaux lui appartient dans ce monde moderne qui a oublié que l’être humain ne doit pas être l’aune et le juge de chaque chose. Mais ce rapport de domination est répugnant pour qui se retourne sur le ferment de ses origines et y entrevoit la destruction de ses frères.

L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : UNE SOLUTION ?

Dans un troisième temps la modernité  s’installe. Dans la suite logique de l’évolution il survole les dangers de l’intelligence artificielle mais contre toute attente la seule lueur d’espoir pourrait venir selon l’auteur de cette dernière : si effrayante soit-elle l’intelligence artificielle est proposée comme un possible tuteur de l’homme pour accéder au stade d’homo ethicus . Je vous laisse le soin de découvrir ses arguments en lisant le livre.

Une invitation à réécrire notre avenir

Je vous vous invite à découvrir le texte complet d’Aymeric Caron et surtout ce concept d’homme éthique qui me plait, qui m’a fait pleurer quand je l’ai vu écrit noir sur blanc et que je sais être bien loin d’épouser.

Cependant je crois que la Source Dorée est un des lieux de Vie dans lequel nous cultivons ce devenir humain en adéquation avec le monde qui nous héberge.

La lecture de cet ouvrage m’a par ailleurs fait prendre conscience de l’importance de la justesse des termes que nous utilisons pour nous exprimer ou pour défendre une idée, une cause. Le langage participe de fait à nos constructions mentales qui influencent, induisent nos actes.

En conclusion, cet ouvrage n’est pas une sinécure, il faut accepter de se déconsidérer pour apprécier le travail de « constat »effectué par l’auteur. Pas facile de lire noir sur blanc ce que vous pensez (peut-être) sans jamais avoir osé (vous) l’avouer. La Honte, par exemple d’appartenir à une race destructrice est le ciment de ses pensées et il l’exprime sans fard. A aucun moment l’auteur ne cherche à amenuiser ce sentiment qui paradoxalement semble lui donner l’énergie d’écrire. Bien au contraire il parvient à en faire la justification de son travail de re-définition du monde qui est le sien et a fortiori le nôtre.

Récemment la Source Dorée s’est réunie pour réajuster son slogan. L’exercice ne me paraissait que peu important (quoiqu’intéressant) et uniquement comme un renouveau de « com ». A la lueur de ce texte je comprends mieux. Réunis sous une bannière qui traduit parfaitement notre volonté commune, nous gagnerons en cohérence et en légitimité. Les termes justement choisis influenceront nos propres gestes quotidiens et nous aiderons à nous inscrire dans la dynamique que nous avons voulu incarner .

N’hésitons pas donc à modifier, à biffer, à raturer pour mieux réécrire notre avenir.

vivant